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À 33 ans, il devenait le visage le plus regardé du dimanche soir en France.
10 ans plus tard, il quittait le poste sans explication publique.
Harry Roselmack est journaliste, animateur, réalisateur et auteur.
Il a présenté le 20h de TF1 en 2007, puis 7 à 8 pendant 20 ans devant des millions de téléspectateurs chaque semaine.
Il a réalisé Fracture, primé au Chelsea Film Festival de New York en 2017.
Il a publié plusieurs romans, fondé sa propre société de production et co-fondé Humanité Town, une université digitale pour artistes indépendants.
Et au milieu de tout ça, il a pris une décision que personne n'a comprise : en 2011, il a quitté le JT de TF1.
Certains ont parlé d'abandon de poste.
D'autres lui ont rappelé sa responsabilité d'être l'un des rares journalistes afrodescendants à présenter le 20h en France.
Lui assume.
Et c'est précisément ce qui rend son discours puissant pour ceux qui construisent : il a refusé la position confortable au moment où elle aurait dû le retenir à vie.
Son message dérange parce qu'il met en évidence ce que beaucoup d'entrepreneurs n'osent pas regarder : la majorité des projets n'échouent pas par manque de talent. Ils échouent par peur du jugement.
Ce que cet épisode vous apprend :
➡️ Pourquoi l'avis des autres est le pire conseiller pour une décision qui engage votre vie
➡️ Comment 30 ans à observer l'humain ont conforté une seule conclusion sur le bonheur
➡️ La distinction essentielle entre courage et absence de peur, que la plupart confondent
➡️ Pourquoi la peur est devenue le carburant principal de nos sociétés et ce que ça produit
➡️ Le déséquilibre entre puissance technologique et niveau d'éthique que les dirigeants doivent regarder en face
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À l’origine, il y a Tours.
Une ville de tempérance, d’art de vivre, à deux heures de Paris. Un père CRS qui anime, le dimanche matin, une émission de musique antillaise sur une radio locale. Une mère, un frère cadet de deux ans son cadet. Et une sœur aînée qui vit, elle, en Martinique, jusqu’à ses douze ans. C’est par lettres qu’il l’a connue.
Cette correspondance lui révèle quelque chose. La force de l’écriture. La capacité des mots à entretenir un lien sur des milliers de kilomètres.
À sept ans, il commence le judo. Il y restera attaché toute sa vie. Le judo, ce n’est pas seulement de la technique. C’est un code moral. On salue le maître. On salue l’adversaire avant le combat, on le salue à la fin. On apprend à chuter. On apprend à se relever. Pour un gamin, cette grammaire vaut une éducation entière.
La vocation, elle, arrive vers treize ou quatorze ans. À seize, elle est déjà en acte. En classe de première, il demande aux animateurs de l’émission de son père s’il peut présenter le flash info du dimanche à midi. Il va chercher lui-même les actualités des Antilles, de Guyane, de la Réunion. Il les présente à l’antenne. Il sait déjà qu’il sera journaliste.
Ça lance tout.
Études de journalisme. Radio France régionales. France Info. France 3. Pendant dix ans, il fait son métier — celui d’aller vers les gens, de comprendre ce qu’ils vivent, de le rapporter au monde. Le fait de devenir visible, ça ne l’a jamais animé. Ce qui l’anime, c’est la rencontre.
Puis vient Bernard Zekri.
Le directeur de l’info de Canal+ et d’iTélé lui propose le 18 h de la chaîne info — un journal de trente minutes avec des invités, ce qui change radicalement de ses flashs radio de cinq à sept minutes. C’est ce format long qui le décide à passer en télé. Pas la télé en soi. Le format.
Un an plus tard, il arrive à TF1.
17 juillet 2006. Il a 33 ans. Première présentation du 20 h sur la chaîne la plus regardée de France. Pas de nuit blanche la veille. Un pic de stress quand Évelyne Dhéliat l’annonce à la fin de la météo. Le rouge s’allume. C’est parti. Une rédaction qui l’accueille avec un soin qu’il décrira comme rare.
Il est l’un des très rares afro-descendants à occuper ce poste. Il est aussi l’un des plus jeunes — un détail souvent oublié, mais qui ouvre un autre type de représentation, pour des jeunes blancs comme pour des jeunes asiatiques.
Cinq ans plus tard, il décide d’arrêter.
Une partie du public ne comprend pas. Une partie de la communauté afrodescendante voit un abandon de poste. Lui répond qu’il n’a pas pris le 20 h pour représenter qui que ce soit. Il l’a pris parce que c’est un poste de journaliste, et qu’il est journaliste. Il assume la conséquence symbolique sans en faire une obligation.
Ce qu’il veut, c’est faire autre chose. Et il le fait.
Pendant sept ans, c’est « Harry Roselmack en immersion ». Banlieues. Prostituées. Gens très riches, gens très pauvres. SDF. Fondamentalistes musulmans. Soldats français en Afghanistan. Libertins. Il vit avec eux. Il filme leur quotidien. Il découvre, sur un même territoire, des communautés qui ne se parlent plus.
De ces immersions naît Fracture. Un film. Pas un documentaire — il essaie, ce n’est pas faisable sans tomber dans la téléréalité qu’il refuse. Alors il écrit une fiction. Un bateau. Des gens issus de toutes ces communautés qu’il a filmées. Et la question : comment l’humanité au plus profond de chacun finit-elle par créer du lien ? Le film est primé au Chelsea Film Festival de New York en 2017.
Il n’a jamais étudié le cinéma. Il s’est entouré. Yannick, son premier assistant, avait l’expérience qu’il n’avait pas. Lui avait la vision. C’est cette horizontalité — vision plus expertise — qui fait sa méthode. Il l’a appliquée à tous ses projets.
À côté, il y a 7 à 8 sur TF1. Vingt ans à la tête de l’émission créée par Emmanuel Chain et Thierry Bizot. Pas de routine, parce que les gens qu’on filme changent en permanence. Pas de ronronnement, parce qu’Emmanuel Chain remet régulièrement la maquette en question dès qu’une audience stagne. Et un regard émerveillé qu’il revendique — la passion de l’humain, pas la passion de l’écran.
Puis vient une autre rencontre. Deux musiciens, dont un nommé David, qui n’arrivent pas à vivre exclusivement de la musique. L’un est devenu formateur en MAO, l’autre marketeux dans la musique. Ils ont une idée : créer un outil pour que les artistes apprennent les compétences entrepreneuriales qui leur manquent — droit, marketing, contrats. Harry les rejoint immédiatement. Humanity Town est lancée. Une université digitale en 2D, où l’on suit un cursus comme à la fac, depuis n’importe où en France.
Et puis 2023.
Au Sénégal, sur l’île de Gorée, un chef spirituel qui ne le connaît pas, ne parle pas sa langue et ne sait rien de son métier le baptise « Messager » en wolof. Il vient de finir d’écrire son deuxième essai métaphysique. Il prend ça pour une confirmation.
Depuis, il publie chez Jouvence. Le troisième livre paraît le 7 mai chez Guy Trédaniel. Il y propose une nouvelle définition du temps — au risque d’être critiqué par l’académie. Il assume.
Il est aussi parrain de Press Room, une chaîne YouTube qui donne la parole aux reporters de terrain. Parce que pour lui, l’IA pourra faire un présentateur en 3D. Elle ne fera jamais le reportage. Le journalisme, le vrai, restera fondamentalement une affaire d’êtres humains.
Dans cet épisode du Déclic, il explique :
— Pourquoi il faut s’écouter soi sur la décision et écouter les autres sur l’exécution, et comment cette règle a structuré toute sa carrière
— Pourquoi le déséquilibre entre la puissance technologique et le niveau d’éthique collectif est le risque majeur de notre époque, et comment la sagesse peut le corriger
— Pourquoi peur et amour sont les deux énergies matricielles de l’être humain, et comment réduire la première laisse plus de place à la seconde

Harry Roselmack a quitté le 20 h de TF1 à 38 ans pour aller voir ce qu’il y avait derrière. Vingt ans plus tard, il y a trouvé la métaphysique.
En résumé :
→ Né à Tours, fils de parents martiniquais, père CRS et animateur d’une émission de musique antillaise sur une radio locale le dimanche
→ Sœur aînée restée en Martinique douze ans : relation épistolaire qui lui révèle très tôt la force de l’écriture
→ Judo depuis l’âge de sept ans, code moral des arts martiaux comme première école d’éthique
→ Vocation de journaliste très jeune : à seize ans, présente déjà le flash info dominical à 12 h sur la radio antillaise de son père
→ Radio France régionales, France Info, France 3, puis le 18 h d’iTélé sous l’impulsion de Bernard Zekri
→ 17 juillet 2006 : présente pour la première fois le 20 h de TF1, à 33 ans, l’un des très rares afro-descendants à occuper ce poste en France
→ 2011 : décide d’arrêter le 20 h — décision incomprise, vécue par certains dans la communauté afrodescendante comme un abandon de poste
→ Vingt ans à la tête de 7 à 8 sur TF1, créé par Emmanuel Chain et Thierry Bizot, premier magazine du dimanche après-midi
→ Sept ans d’« Harry Roselmack en immersion » : banlieues, prostituées, SDF, fondamentalistes musulmans, soldats français en Afghanistan, libertins, gens très riches, gens très pauvres
→ Réalisateur de Fracture, primé au Chelsea Film Festival de New York en 2017, né de ces immersions
→ Co-fondateur d’Humanity Town, université digitale pour artistes indépendants £
→ Auteur d’essais métaphysiques chez Jouvence depuis 2023, troisième livre sur la définition du temps à paraître chez Guy Trédaniel le 7 mai
→ Parrain de Press Room, chaîne YouTube qui donne la parole aux reporters de terrain
Il décide d’arrêter.
Beaucoup ne comprennent pas. Certains dans la communauté afrodescendante voient une forme d’abandon de poste, comme s’il devait à d’autres de rester à sa place. Lui répond avec calme : « Je n’ai pas décidé de faire le 20 h pour représenter les Noirs. J’ai décidé de faire le 20 h, et je suis noir. » Il assume la conséquence heureuse, avoir ouvert le regard de plein de jeunes, sans en faire une obligation. Sa décision lui appartient.
L’idée est simple, et elle traverse toute son existence. Sur la décision elle-même, on s’écoute soi. Sur l’exécution, on s’entoure et on écoute les autres. Il l’avait compris en faisant son film Fracture sans avoir jamais étudié le cinéma, en s’appuyant sur son premier assistant Yannick. Il le réappliquera ensuite à chaque nouveau projet : Humanity Town, les livres de philo, les essais de métaphysique.
Et puis vient juin 2023.
Il est au Sénégal, invité sur l’île de Gorée pour la cérémonie « Refermons la porte » — celle par laquelle des millions d’esclaves africains, dont ses propres ancêtres, embarquaient pour les Amériques. Avant le geste symbolique, un chef spirituel local conduit une cérémonie en wolof. L’homme ne le connaît pas, ne parle pas français, ne sait même pas qu’il est journaliste. Il dit : « Les esprits me demandent de te baptiser du nom de Messager. »
Harry vient juste d’écrire son deuxième essai métaphysique. La coïncidence, il la prend pour ce qu’elle est. Une confirmation. La vie fait bien les choses.
Aujourd’hui, son métier reste celui de transmettre. Mais ce qu’il transmet a changé d’angle : moins l’actualité du monde tel qu’il va, plus une vision du monde tel qu’il pourrait devenir. Évolutionnaire, jamais révolutionnaire. Convaincu que l’humanité n’a pas fini son évolution, et que sa prochaine étape est l’acquisition de la sagesse.




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