Épisodes · ÉP. 417

Le guide 2026 pour protéger votre entreprise des cyberattaques

avec Axel Dreyfus
« Le chiffre d'affaires de la cybercriminalité est supérieur au chiffre d'affaires du trafic de stupéfiants. »
L'épisode

Un groupe français de la distribution encaisse 3 % de fraude sur une seule de ses filiales. Une filiale qui pèse plusieurs milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Résultat : environ 150 millions d'euros qui s'évaporent chaque année.
Et la plupart de ces attaques commencent par un e-mail parfaitement banal.

Axel Dreyfus est cofondateur de l'École 2600, la première école française entièrement dédiée à la cybersécurité. Plus de 450 étudiants, plus de 350 entreprises et administrations partenaires, dont le ministère des Armées et le ministère de l'Intérieur. Objectif : former 10 000 personnes d'ici 2030.

Mais avant l'école, il y a trente ans de trajectoire numérique.

Dans cet épisode, vous allez découvrir :
➡️ Comment un groupe criminel intercepte vos e-mails, modifie l'IBAN d'une facture au caractère près et la remet en circulation avant qu'elle n'arrive chez votre comptable
➡️ Pourquoi le shadow AI est aujourd'hui un risque bien supérieur au shadow IT que les entreprises combattent depuis 20 ans
➡️ Ce que l'intelligence artificielle change dans le rapport de force entre attaquants et défenseurs, et pourquoi l'écart se creuse
➡️ Pourquoi son école est gratuite pour les étudiants, financée par les entreprises, et ce que ça change sur l'employabilité

Votre actif le plus précieux n'est plus dans vos murs. Il est dans vos serveurs, vos boîtes mail et vos bases clients.
Combien de temps votre entreprise tiendrait-elle si elle y perdait l'accès demain matin ?

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En savoir plus

Le parcours d’Axel Dreyfus : de la scène démo des années 80 à l’École 2600, une vie à sécuriser ce qu’il a contribué à bâtir

Il arrive des États-Unis, enfant. En France, il ne parle à personne. Très introverti, à l’opposé de l’homme qu’il est devenu.

Ce qui le sauve : les jeux de rôle. Donjons et Dragons, les clubs, une bande. Et à onze ans, un ordinateur.

Ça lance tout.

Il a la chance de grandir à Lyon, au moment où Bruno Bonnell fait d’Infogrames la première start-up française qui réussit. À treize, quatorze ans, des développeurs lui font confiance et lui mettent le pied à l’étrier. Il n’existe alors ni école d’informatique, ni formation, ni filière.

Puis il contribue à un projet développé sous NeXTSTEP — une sorte de Photoshop avant l’heure. Il rencontre Steve Jobs une fois dans sa vie.

Mais avant ça — un coup d’arrêt. Quand l’entreprise bascule vers le hardware, il vit ça comme un chagrin amoureux. Il décide d’arrêter l’informatique. Définitivement.

Il s’engage dans un régiment parachutiste. Quelques années heureuses. Il tente ensuite le concours d’officier de police judiciaire. Il ne l’a pas assez travaillé.

Retour à la tech.

1993. Il a une vingtaine d’années. Avec ses associés, il monte l’une des premières sociétés françaises spécialisées sur le web et les technologies orientées objet. Ils vendent du matériel, développent pour les studios musicaux, puis découvrent le premier navigateur web.

1995. Démonstration à l’Institut du monde arabe, amphi plein : ils connectent une base de données à un site web. Le début du web dynamique en France.

La société est rachetée. Il rejoint la filiale de services d’un grand groupe industriel, à Montigny-le-Bretonneux.

Et là, la scène.

Il a 24 ans. Il pensait faire de la R&D, de la créativité, du terrain. Il se retrouve dans un couloir de ville nouvelle, entre les tours et les ronds-points, à faire un métier qui n’a rien à voir avec ce qu’on lui avait vendu. Le jour où il démissionne, il traverse le parking et se fait une promesse : plus jamais je ne remettrai les pieds à Montigny.

Le week-end suivant, il devait signer avec un groupe américain coté au Nasdaq. Plan de licenciement mondial. Le contrat ne viendra jamais. Il se retrouve au chômage, dans une chambre de bonne. Première leçon durable : tant que tu n’as pas signé, tu n’as pas signé.

1998. Il lance l’un des premiers titres sportifs du web français pour la Coupe du monde. Pas d’ADSL, pas de vidéo : des journalistes tapent les actions au clavier, en direct, et les pages se rafraîchissent. Le live text avant le live text. Il doit faire venir des huissiers dans les stades pour faire reconnaître que ses journalistes web sont des journalistes.

Puis vient Londres. Le groupe s’introduit en Bourse, capte des audiences énormes sur le cricket et le rugby, cède ses actifs français. Ils lancent même un assistant à reconnaissance vocale au tout début des années 2000. Beaucoup trop tôt.

2000-2001. Les revenus publicitaires s’effondrent. Il en tire une conviction : le modèle économique va basculer sur le mobile.

Il s’y met. Kiosques opérateurs, jeux sous licence, services mobiles à volumes massifs. Deux ans et demi plus tard, une banque d’affaires japonaise appelle. Le groupe Index rachète. Il décrit ces années sous actionnariat japonais comme les plus heureuses de sa vie professionnelle — le temps long, la confiance qui se construit.

2015. Il lance une marketplace de financements publics et privés pour startups et PME. Jusqu’à 300 clients, une trentaine de salariés. Puis une levée de fonds qui n’aboutit pas après huit mois de négociations. Pas de plan B. L’aventure s’arrête.

Avril 2019. Trois mois après, il dépose une marque : 2600.

Le nom vient d’un sifflet. Celui offert dans les boîtes de céréales Captain Crunch, qui émettait une fréquence de 2600 Hz — exactement celle qui donnait accès aux commutateurs téléphoniques américains. Deux gamins en ont fait un boîtier, la Blue Box, vendu sous le manteau. Ils s’appelaient Steve Jobs et Steve Wozniak. Ils ont financé Apple avec.

Septembre 2021. Première rentrée de l’École 2600, à Montigny-le-Bretonneux. Soixante étudiants. Trente ans après la promesse.

Le modèle est à contre-courant : gratuit pour l’étudiant, 100 % en alternance, financé par les entreprises via les OPCO. L’étudiant est salarié, il prouve son employabilité avant d’avoir son titre, pas après.

Avril 2023. L’école lève 6 millions d’euros auprès d’un tour de business angels du secteur.

Aujourd’hui : plus de 450 étudiants, plus de 350 entreprises et administrations partenaires — ministère des Armées, ministère de l’Intérieur, Orange Cyberdéfense. Lauréat France 2030. Objectif affiché : former 10 000 personnes à la cybersécurité d’ici 2030, en déployant l’école partout sur le territoire, outre-mer compris, puis à l’international, via un modèle School as a Service.

Dans cet épisode du Déclic, il explique :

— Pourquoi l’esprit hacker n’est pas une compétence technique mais une forme de curiosité et de créativité — comprendre comment ça marche, puis détourner l’usage
— Comment fonctionne concrètement l’économie de la fraude et du cybercrime, et pourquoi les LLM font basculer le rapport de force du côté des attaquants
— Quelles habitudes simples protègent réellement un dirigeant de TPE-PME : séparer les usages, vérifier les identités, ne jamais réagir sous pression

L'invité
Axel Dreyfus
Axel Dreyfus

Axel Dreyfus a juré de ne jamais remettre les pieds à Montigny-le-Bretonneux. Trente ans plus tard, il y a ouvert son école.

En résumé :

→ Élevé aux États-Unis, arrivé en France enfant, très introverti — les jeux de rôle et la micro-informatique comme premier refuge
→ Premier ordinateur à onze ans, assembleur, scène démo, BBS : la culture hacker avant que le mot n’existe en France
→ Mentors lyonnais dans l’orbite d’Infogrames, contribution à un projet sous NeXTSTEP, une rencontre avec Steve Jobs
→ Tourne le dos à l’informatique après une déception, s’engage dans un régiment parachutiste, vise ensuite la police nationale
→ Revient à la tech et monte l’une des premières sociétés françaises du web, qu’il finit par céder
→ Enchaîne un groupe de médias en ligne introduit en Bourse à Londres, puis une société mobile rachetée par un groupe japonais
→ Voit sa dernière aventure entrepreneuriale s’arrêter net, faute de financement bouclé
→ Cofonde l’École 2600 avec Valérie de Saint Père et Lionel Auroux : gratuite pour l’étudiant, 100 % en alternance, financée par les entreprises
→ Installe l’école à Montigny-le-Bretonneux, la ville qu’il s’était promis de ne jamais revoir
→ Déploie un modèle « School as a Service » pour porter la formation cyber partout sur le territoire, outre-mer compris, et à l’international

La question tombe à la toute fin de l’épisode. Le déclic. Celui qui a tout changé.

Il dit qu’il y a pensé dans la voiture, en venant. Et il remonte cent ans en arrière.

Charles Ferdinand Dreyfus. Son arrière-grand-père. Prisonnier de guerre pendant la Première Guerre mondiale. Il rentre du front et trouve le vide : sa femme est partie, il n’a pas d’enfant. Ce qu’il avait construit a disparu pendant sa captivité.

Il aurait pu se refermer. Il fait exactement l’inverse.

Il consacre sa fortune à monter le premier centre de formation d’apprentis agricole de France, destiné aux pupilles de la Nation. Les orphelins de 14-18, qui se comptaient alors par millions. La ferme de Bel-Air, dans l’Essonne. Il y passe le reste de sa vie, jusqu’à sa déportation pendant la Seconde Guerre mondiale.

Un homme sans descendance qui décide de former les enfants des autres.

Quatre générations plus tard, son arrière-petit-fils refait le même geste avec un autre outil. « Si l’économie dominante à l’époque était l’agriculture, pour moi c’est le numérique. » Même public, aussi : des jeunes qui n’auraient pas forcément eu les moyens d’étudier. À l’École 2600, l’étudiant ne paie rien. Ce sont les entreprises qui financent, par l’alternance.

Il refuse d’ailleurs le mot « ascenseur ». Trop passif, trop confortable. Lui parle d’escalier : on monte quand même, mais il faut grimper.

Le reste — les sociétés cédées, l’introduction en Bourse à Londres, le rachat japonais — ressemble soudain à une longue préparation. Trente ans à construire des choses dans un pays qui n’avait ni écosystème, ni financement, ni mode d’emploi.

Le déclic n’était pas devant lui. Il était derrière.

Questions fréquentes
Entrepreneur du numérique depuis les débuts du web français, il est cofondateur de l'École 2600, la première école française 100 % dédiée à la cybersécurité, aux côtés de Valérie de Saint Père et Lionel Auroux.
Autodidacte de la micro-informatique et de la scène hacker, passage par l'armée, puis une série d'aventures entrepreneuriales — l'une des premières sociétés web françaises, un groupe de médias en ligne introduit en Bourse à Londres, une société mobile rachetée par un groupe japonais — avant un échec qui le ramène à la formation.
Celui d'un héritage familial : son arrière-grand-père, revenu de captivité en 14-18 sans femme ni enfant, avait consacré sa fortune à créer le premier centre de formation d'apprentis agricole de France pour les pupilles de la Nation — un geste qu'Axel Dreyfus reproduit un siècle plus tard, avec le numérique à la place de l'agriculture.
Il développe l'École 2600 et son modèle School as a Service pour déployer la formation cyber partout en France et outre-mer, puis à l'étranger, avec l'objectif de former 10 000 personnes d'ici 2030.
Sur LinkedIn, où il partage régulièrement l'actualité de l'école, et sur le site de l'École 2600.
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