Épisodes · ÉP. 411

Comment devenir un expert de la prise de parole en public avec Bertrand Périer

avec Bertrand Périer
« Parler, ça n'est pas lire à voix haute. Parler, ce n'est pas commenter un écrit. Parler, c'est se jeter à l'eau. »
L'épisode

Il plaide devant les deux plus hautes juridictions françaises : le Conseil d'État et la Cour de cassation. Il a vendu des centaines de milliers d'exemplaires d'un livre sur la parole. Il enseigne l'art oratoire aux élites du pays depuis plus de quinze ans.

Et pourtant, à 30 ans, il ne voulait surtout pas prendre la parole.

Bertrand Périer a grandi à Clamart, fils d'un entrepreneur du bâtiment et d'une ancienne infirmière, deux autodidactes qui voyaient dans les études ce qui leur avait manqué. Enfant unique, classe sautée en cours d'année, profondément timide. Chez lui, la parole était un monopole d'adultes, une langue jugée, presque scolaire. Il se destinait à une vie d'écriture : des conclusions, des contrats, du droit bancaire.

Le déclic arrive à l'école d'avocats. Il s'inscrit à un concours d'éloquence, presque comme une thérapie, parce que là, au moins, sa parole ne peut nuire à personne. Il le gagne. Et tout bascule.

Il découvre l'oralité, le droit pénal, la confiance qui vient avec l'estime de soi. Il se met à enseigner l'art oratoire, à le pratiquer, à écrire, à monter sur les plateaux télé et radio. Une vie qu'il n'avait jamais prévue, ouverte par une seule compétence : savoir parler.

Dans cet épisode, vous allez découvrir :
➡️ Les trois dimensions de toute prise de parole — un corps, une voix, des mots — et pourquoi le contenu seul ne suffit jamais
➡️ Comment dompter le trac en le nommant plutôt qu'en le cachant
➡️ La règle des premières secondes : capter l'attention et la bienveillance avant le premier argument
➡️ Pourquoi apprendre son discours par cœur vous trahit, et comment improviser après avoir énormément travaillé
➡️ La technique « blocage, réorientation » pour ne jamais vous laisser piéger par une question
➡️ Ce que l'intelligence artificielle ne pourra jamais faire à votre place le jour où vous prenez la parole

La prise de parole ouvre ou ferme des portes décisives, dans une carrière comme dans une entreprise. Et vous, combien de portes une parole maîtrisée pourrait-elle vous ouvrir cette année ?

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Le parcours de Bertrand Périer : du grand timide de Clamart à la voix des plus hautes juridictions, celui qui a fait de la parole un sport de combat

Il a grandi dans une maison où l’on pesait chaque mot.

Clamart, années 80. Fils unique d’un entrepreneur du bâtiment et d’une mère du secteur médical. Des parents qui n’ont pas fait d’études — autodidactes l’un comme l’autre — et qui pour ça même vouent un culte à l’école. Le mantra de la maison : tu peux faire ce que tu veux, mais il faut que ça marche à l’école.

À table, on ne parle pas librement. On cherche le mot exact. Sa mère le reprend encore aujourd’hui s’il confond « amener » et « apporter ». La langue, chez les Périer, c’est presque un acquis scolaire. Une affaire d’adultes.

Alors il est timide. Timide à l’école, timide en société. Enfant unique dans un monde de grandes personnes, sans la fratrie ni la cousinade où l’on dit des bêtises dans un français approximatif. Il saute même une classe en cours d’année — le gars de la classe d’à côté, qu’on ne sait pas trop pourquoi.

Mais avant ça — il y a la fascination pour les mots. La précision du lexique. Le goût de l’argumentation hérité d’une maison qui aimait débattre.

Puis viennent les études. Sciences Po en 1993. Un DEA de droit à Panthéon-Assas en 1995. HEC en 1997. Le serment au barreau de Paris en 1999. Tout le tracé d’une carrière juridique sérieuse.

Et là, le projet est clair : écrire. Des contrats, des conclusions, du droit bancaire. Défendre des banques, des cautionnements. De l’abstrait, sans chaleur humaine, mais au calme. Surtout pas plaider.

Sauf qu’il manque une dimension. La salle d’audience. L’oralité.

Ça lance tout.

Vers trente ans, il s’inscrit au concours d’éloquence des avocats. Sans rien en attendre. Un défi, presque une thérapie, un terrain où l’on s’exerce sans risquer de nuire à un client. Il le réussit. En 2003, il est élu quatrième secrétaire de la Conférence du barreau de Paris — le saint des saints de l’éloquence judiciaire. La parole, qui n’était « pas du tout prévue au programme », vient de s’inviter dans sa vie.

Mais le vrai basculement, il le doit à une humiliation.

La scène se passe à un dîner, « la nuit de l’éloquence ». Il doit faire une joute oratoire face à Marc Bonnant, immense avocat suisse, référence absolue de l’art oratoire. Le sujet : « L’éloquence est-elle entrée dans la nuit ? » Périer a le « oui ». Il a tout écrit. Il pose ses feuilles sur un petit pupitre à partitions, entre la poire et le fromage, et déclame son texte. Ce n’est pas nul. Ça fait rire.

Puis Bonnant se lève. Il improvise. Et en regardant le pupitre de Périer, il lâche cette phrase : « Débarrassez-vous de ce support d’infirme. »

Une déflagration. Périer comprend d’un coup que parler, ce n’est pas lire à voix haute. Que l’éloquence n’est pas la grandiloquence. Que c’est la simplicité, l’authenticité, un moment qu’on co-construit avec celui qui écoute. Il ne réécrira plus jamais un discours en entier. Juste des mots-clés, comme un slalomeur qui connaît ses piquets mais reste libre entre eux.

Le reste découle de là.

En 2013, il rejoint comme formateur le concours Eloquentia, créé par Stéphane de Freitas, qui forme les étudiants de Paris-8 en Seine-Saint-Denis à la prise de parole. Le documentaire « À voix haute » le révèle au grand public. En 2016, il devient avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation. En 2017 paraît « La parole est un sport de combat » — best-seller. Il enseigne l’art oratoire à Sciences Po et à HEC, joue Maître Mirabeau dans « Banlieusards », siège au jury du « Grand Oral ». Le grand timide est devenu la voix qu’on écoute pour apprendre à trouver la sienne.

Dans cet épisode du Déclic, il explique :

— Pourquoi l’écrit est le « faux ami » de l’orateur : la vraie liberté naît d’un travail intense en amont, jamais d’un texte appris par cœur
— Comment capter une salle en quelques secondes et la récupérer avec une histoire, une blague, un silence choisi parce que le corps et la voix comptent autant que les mots
— Pourquoi l’IA ne remplacera pas la parole : elle produit une moyenne tiède et parfaite, là où l’éloquence est une intelligence relationnelle, faite de chair, de risque et d’imperfection

L'invité
Bertrand Périer
Bertrand Périer

Bertrand Périer se croyait une vie d’écriture. La parole s’est invitée à trente ans, sans prévenir.
En résumé :
→ Né en 1972 à Neuilly-sur-Seine, il grandit à Clamart, fils unique d’un père entrepreneur du bâtiment et d’une mère du secteur médical
→ Enfant timide, élevé dans une maison où l’on cherchait le mot juste et où la parole restait « un monopole d’adulte »
→ Sciences Po (1993), DEA de droit à Panthéon-Assas (1995), HEC Paris (1997) puis serment au barreau de Paris en 1999
→ Il se destine à l’écrit : contrats, conclusions, droit bancaire. Le contentieux, la plaidoirie, très peu pour lui
→ Le déclic : vers trente ans, il passe le concours d’éloquence des avocats. Point de bascule. Élu quatrième secrétaire de la Conférence du barreau de Paris en 2003
→ Deuxième déclic : l’avocat suisse Marc Bonnant lui ordonne d’abandonner ses notes. Il n’écrira plus jamais un discours en entier
→ Avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation depuis 2016, il plaide devant les deux plus hautes juridictions françaises
→ Formateur du concours Eloquentia en Seine-Saint-Denis depuis 2013, révélé au grand public par le documentaire « À voix haute »
→ Auteur du best-seller « La parole est un sport de combat » (2017) ; dernier livre paru, « Les 25 discours de votre vie, garantis sans IA » (2025)

À trente ans, Bertrand Périer pense à autre chose que plaider.
Il aime le droit. Il se voit écrire des contrats, des cautionnements, du droit bancaire.
De l’abstrait, au calme. Une vie de papier où l’on relit trois fois avant d’envoyer.
Et puis il manque quelque chose. La salle d’audience. Le moment où l’on se lève, où l’on défend debout, devant un juge qui fait non de la tête.
Alors il s’inscrit à un concours d’éloquence. Les avocats en organisent entre eux depuis des siècles. Il y va comme on entre en thérapie — pour se défier, sans danger. « Au moins là, je ne peux préjudicier à personne. »
Ça le débloque. Ça change tout.
Il découvre que la parole est une rencontre avec sa part de risque, comme un plongeon. Deux pierres au fond d’un ruisseau qui s’entrechoquent et prennent la forme l’une de l’autre. Parfois ça fait des étincelles. La lumière peut en jaillir. Le feu aussi.
Le timide qui se cherchait dans l’écrit comprend qu’il s’y cachait. Qu’écrire son discours, c’était se mettre une béquille, celle qui te fait chuter.
« La parole, c’est le goût du risque, c’est le goût de la rencontre, c’est l’incertitude d’un chemin que l’on parcourt plutôt qu’une destination que l’on atteint. »
Il pensait avoir une vie d’écriture. Il a trouvé sa voix.

Questions fréquentes
Avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation et l'un des grands spécialistes français de l'art oratoire, il enseigne la prise de parole à Sciences Po et à HEC et a signé le best-seller « La parole est un sport de combat ».
Enfant timide de Clamart, fils unique de parents autodidactes, il enchaîne Sciences Po, un DEA de droit à Panthéon-Assas et HEC avant de prêter serment au barreau de Paris en 1999, puis de devenir avocat aux Conseils en 2016 — tout en se révélant, contre toute attente, orateur.
Un concours d'éloquence passé vers trente ans, sans rien en attendre, qui le fait basculer de l'écrit vers l'oralité — relayé par une leçon cinglante de l'avocat suisse Marc Bonnant (« débarrassez-vous de ce support d'infirme ») qui lui apprend à improviser et à ne plus jamais écrire un discours en entier.
Il continue de plaider devant les plus hautes juridictions, de former de jeunes orateurs via le concours Eloquentia en Seine-Saint-Denis, et de publier : son dernier livre, « Les 25 discours de votre vie, garantis sans IA », est paru en 2025.
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