1 500 euros de capital social. Trois associés. Zéro levée de fonds.
Dix ans plus tard : 70 millions de dollars levés, 200 collaborateurs, des déploiements dans 35 pays et une place au Next 40.
Joffroy Louchart a cofondé Finalcad avec son frère Jimmy et David Vauthrin en 2011, dans le secteur que personne ne voulait financer : le BTP.
L’idée démarre autour d’un repas de famille, quand son père doit partir à la retraite et que personne ne sait comment capitaliser son savoir-faire. 5 000 heures passées sur le terrain. Puis Steve Jobs lance l’iPad, et l’équipe décide de mettre les plans d’architecte d’un chantier dans une tablette. On les prend pour des fous : un produit de luxe au milieu de la boue.
Sa première vente, il s’en souvient encore.
Puis 50 000 dollars signés en trois jours à Singapour sur le Sports Hub, un chantier de 3 000 personnes. Puis 500 000 euros avec la RATP. Puis 5 millions avec un groupe qui pèse plus de 25 milliards.
Sa stratégie va à l’inverse de tout ce qu’on enseigne : pendant que tout le monde attaque les grands comptes par le haut, lui envahit le terrain par le bas, chantier par chantier, jusqu’à détenir 30 % des projets d’un groupe.
Aujourd’hui, il a lancé Ember, une plateforme qui condense les patterns d’échec qu’il voit se répéter chez les fondateurs qu’il accompagne.
Dans cet épisode, vous allez découvrir :
➡️ Sa méthode pour tester un marché international en une seule semaine
➡️ Pourquoi vendre du logiciel au mètre carré était le modèle économique évident que personne n’avait vu
➡️ La vraie mécanique de la dilution, et le moment précis où un fondateur perd la main
➡️ Pourquoi lever 40 millions peut vous rendre moins intelligent qu’en lever zéro
➡️ L’erreur de casting qui revient tout le temps : recruter le savoir-faire au lieu du savoir-être
➡️ Ce qui se passe dans la tête d’un fondateur le lendemain de la revente de sa boîte
Il le répète tout au long de l’échange : le succès ne se tente pas, il se planifie. Et la plupart des échecs qu’il voit chez les entrepreneurs étaient évitables.
Alors la question devient : combien de vos décisions actuelles reposent encore sur l’instinct ?
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Tout part d’un repas de famille. Son père, homme du BTP, doit partir à la retraite. Ce qu’il sait, personne ne l’a écrit nulle part.
Alors ils descendent sur le terrain. Cinq mille heures à questionner, filmer, synthétiser. C’est passionnant, et ça ne se vend pas.
Mais avant ça — en 2010, Apple sort l’iPad. En 2011, Joffroy Louchart, son frère Jimmy et David Vauthrin font tenir les plans d’un chantier entier dans une tablette. Finalcad naît avec 1 500 € de capital social. On les prend pour des fous : un objet de luxe dans la boue. Ils achètent des coques semi-rigides. Ça marche.
Ça lance tout.
Objectif : rentables en 18 mois. La première année, aucun des trois ne se paie. Entre-temps ils inventent leur modèle — vendre le logiciel au mètre carré, comme on paie la peinture. La première vente se conclut en une minute devant un ingénieur travaux qui a 5 000 € d’autonomie de signature. Puis 300 chantiers en porte-à-porte, toujours sous le seuil psychologique des directions générales.
Puis vient le coup de fil. Un directeur général appelle, furieux : des iPads partout sur ses projets, hors de tout contrôle de la DSI. Il crie tellement fort que Joffroy Louchart met le haut-parleur. Il laisse passer l’orage, puis pose une seule question : est-ce que ça a aidé vos collaborateurs ? Ils sont tous contents. Alors il propose une alternative simple — soit on se fait la guerre, soit on passe à la transformation digitale du groupe. La semaine suivante, il est dans le bureau du PDG.
C’est le basculement. Le même logiciel devient une affaire de données. Les deals s’étagent : 5 000 €, puis 50 000 $ sur le Sports Hub de Singapour, puis 500 000 € avec la RATP, puis 5 millions avec un groupe du CAC 40.
Première levée en 2014, après Singapour. Puis des cycles de 18 mois : 20 millions de dollars en 2016, 40 millions en 2018. Plus de 70 millions au total, sept fonds au capital. Next40, 80 % de croissance annuelle, 200 collaborateurs, 35 pays, Vinci, Eiffage, RATP, Shimizu au portefeuille.
Puis l’arrêt au stand. Après une décennie, il revend ses parts. Formule 1 à 300 km/h, puis zéro. Dès les jours suivants, des fondateurs le contactent. Il accompagne, il partage, il écrit deux livres. Et il voit les mêmes erreurs revenir, toujours au même moment. Cent interviews d’entrepreneurs plus tard — pas une ligne de code avant la centième — il lance Ember.
Dans cet épisode du Déclic, il explique :
— Pourquoi attaquer un marché par le bas, chantier par chantier, sécurise la trésorerie et rend le grand compte inévitable
— Comment tester quinze marchés internationaux en une semaine chacun, sans filiale ni budget d’exploration
— Ce que l’ego coûte à un fondateur, et pourquoi les échecs les plus fréquents sont tous évitables

Tout le monde lui répétait qu’un iPad n’avait rien à faire dans la boue d’un chantier. Il en a mis partout, jusqu’à ce qu’un directeur général l’appelle pour hurler.
En résumé :
→ L’idée naît à table, dans un repas de famille, alors que son père s’apprête à quitter le BTP avec quarante ans de savoir-faire dans la tête
→ 5 000 heures passées sur le terrain à questionner, filmer, synthétiser ce que les compagnons savent faire
→ Bootstrap intégral : 1 500 € de capital social, trois associés, dont son frère
→ Steve Jobs sort l’iPad, lui décide d’y faire tenir les plans d’architecte d’un chantier entier
→ Invente la vente de logiciel au mètre carré, parce que dans le BTP on paie la peinture au mètre carré
→ 300 chantiers en porte-à-porte, systématiquement sous le seuil de signature des directions générales
→ Trois passeports remplis, une quinzaine de marchés testés, une seule semaine accordée à chacun
→ De 5 000 € à 5 millions d’euros : le même produit, quatre étages de décision
→ Finalcad devient une scaleup du Next40 — plus de 70 millions de dollars levés, 200 collaborateurs, 35 pays
→ Après la revente, il repart quasi seul et construit Ember, un copilote stratégique pour entrepreneurs
Un message LinkedIn. Pas un salon, pas un partenariat, pas une mission d’exploration. Un message LinkedIn, envoyé au directeur de projet du Sports Hub de Singapour. Trois mille personnes sur le chantier. Réponse en vingt-quatre heures : venez la semaine prochaine.
Il prend l’avion avec sa règle en poche. Une semaine. Dix rendez-vous calés à l’avance avec son client idéal. Si rien ne se signe en une semaine, le marché ne vaut pas la peine et on passe au suivant. Pas de filiale à ouvrir, pas de fondateur expatrié, pas de budget d’exploration.
Il ne repart pas. Trois jours plus tard, il signe cinquante mille dollars. « Je ne suis pas parti tant que je n’avais pas signé. »
Ce qu’il voit là-bas change l’échelle de tout le reste. En France, un bâtiment moyen tourne autour de trois ou quatre millions d’euros. À Singapour, il ne croise aucun projet en dessous de cent cinquante millions de dollars. Le même logiciel. Le même écran. Un terrain de jeu quarante fois plus grand.
Et partout la même scène, du fin fond du Pérou aux chantiers ultra-innovants de Corée du Sud : du papier. Des liasses de papier posées sur des tréteaux, dans la poussière, sous la pluie. Le secteur le moins digitalisé du monde après la chasse et la pêche. Une industrie qui construit des tours de trois cents mètres avec des feuilles A4.
Il rentre et dit à ses deux associés qu’il faut accélérer. Cette semaine-là ne lui a pas seulement donné un contrat. Elle lui a donné une méthode : ne jamais payer avec du temps ce qu’on peut apprendre en sept jours.




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